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NOUVELLES . SYNOPSIS . NOTE DES REALISATEURS . PHILOSOPHE VOYAGEUR . BIO . DÉCONSTRUCTION . FICHE TECHNIQUE



DATE VILLE LIEU
15 sept (4 weeks) Paris FRANCE MK2 Beaubourg



"un film parlant fort la langue de la raison."
Libération

" intelligent et chaleureux. Une rencontre captivante."
Le Figaro

"une invitation joyeuse à philosopher"
Nouvel Observateur



DERRIDA AU CINEMA A PARIS 

Le Cinema des cineastes (#0081)
séances du mercredi 31/12/2003 au mardi 06/01/2004

Cinéma: Lido Ville: Limoges 2-juin-04 1 semaine

EN PARTENARIAT AVEC LIBERATION et les Editions GALILE
- Distribution Eurozoom

 
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L'exercice du travail biographique, que le sujet lui-même déconstruit au fur et à mesure, fait de Derrida, réalisé par Amy Ziering Kofman et Kirby Dick, un documentaire captivant sur ce philosophe français qui ne manque pas d'humour. - Claudine Mulard - Le Monde

Festival de Locarno - Sélection Officielle
Festival de Sundance - Sélection Officielle
Festival du film de San Francisco - Prix Golden Gate

Distribution & Presse
4 bis rue de l'Armée d'Orient 75018 Paris
T: 01.42.93.73.55
F: 01.42.93.71.99
eurozoom@eurozoom.fr


PRESS

Dans l'intimité de Derrida
Jérôme-Alexandre Nielsberg
Article paru dans l' édition du 10 décembre 2003

Derrière le penseur, découvrir l'homme. Et, par lui, pouvoir entrer dans l'ouvre, tel fut le projet de ce film, fidèle aux élèves plus qu'au maître.

Caméra. Lumière d'amateur. Champ fixe. " Je ne vous donnerai rien d'autres que des faits. " La réponse du maître à la question de cette ancienne élève, qui touche à l'intimité de son couple, fuse, cinglante. Elle s'accompagne d'un sourire, mais marque la distance. Si Amy Ziering Kofman ne s'en émeut pas, c'est qu'elle connaît bien le personnage : Jacques Derrida. Quoi, un film sur Derrida ? Oui et non, en fait. Sur Jacques, plutôt. La nuance pourrait, à propos de n'importe quel autre, paraître rhétorique, oiseuse. Elle est ici fondamentale. Du même ordre qu'entre " différence " et " différance " - l'un des concepts autour desquels s'articule l'ouvre majeure du philosophe -, une double question de distance à soi et à l'autre, d'ambivalence. Derrida, Jacques Derrida, Derrida Jacques, Jacques. Le film réalisé par Kofman et Kirby Dick s'attache à l'homme privé mais il est frappé au coin de la réception américaine de ses écrits. Derrida le sait, Jacques en joue. Et parfois s'en agace : cinq années de tournage, c'est long. Cependant, le père de la " déconstruction " - autre concept derridien - a donc accepté d'être filmé. Dans sa vie de tous les jours : travail seul, chez soi, conférences, voyages, avec ses amis, on reconnaît, lors d'un dîner, le psychanalyste René Major, sa famille, Marguerite, sa femme, ses enfants, sa sour. On le voit en Afrique du Sud, visitant la cellule de Nelson Mandela ; on l'observe en train enseigner, aux États-Unis, en France. Surtout, on l'entend. Car à côté des images, parfois sans rapport direct avec elles, Jacques Derrida parle, et pas seulement des faits. Pour ne rien dire - distinguo toujours, quand Derrida parle, il ne dit pas - lorsque le silence le gêne, s'il établit le contact. Il parle à la caméra, à la cantonade : un autre est bien présent, mais est-ce à lui, à elle, que Jacques s'adresse ? Et il dit : la mort de sa mère, son enfance algéroise, la difficulté à apprécier sa propre image, même peinte, son visage. Il glose, annote oralement les séquences qu'on lui montre dans une mise en abîme un peu laborieuse. " Que peut-on dire de la vie d'Aristote ? Il est né, il a pensé, il est mort. Tout le reste n'est qu'anecdote ", cite-t-il de Heidegger à l'assemblée cosmopolite d'un amphithéâtre et, par le biais de l'objectif, à l'ensemble des spectateurs possibles de cette part d'existence arrachée à elle-même. Est-ce pour abolir le mythe qui parasite son travail que Derrida a cédé à l'insistance bio-cinématographique de ses élèves disciples ? Qu'importe. Selon la conception même du philosophe, pour lequel l'entreprise d'un auteur inclut les commentaires qu'elle a suscités, ce film fait désormais partie de l'ouvre derridienne.


Derrida
Dans l'intimité du philosophe. Un documentaire qui éclaire une pensée sagace.

Voici un film pas vraiment comique mais qui déride au moins l'esprit. Un duo d'Américains ( dont une de ses anciennes élèves ) a mis ses pas dans ceux d'un grand philosophe de notre temps. Ils l'escortent avec caméra numérique, questions parfois indiscrètes ou candides, et une admiration qui n'étouffe en rien la curiosité. Jacques Derrida se prête au jeu de plus ou moins bonne grâce, mais en faisant preuve d'une égale sagacité. Il a le cheveu dense et presque trop blanc, des airs (trompeurs ?) de renard malicieux, l'âge de Jean-Luc Godard. La face humaine d'un penseur nous est livrée sans trop d'effets de mise en scène :juste quelques afféteries, plans bougés, travellings périurbains, musique planante de Sakamoto. C'est une tentative rare -( on pense à Pierre Carles avec Bourdieu -) et d'autant plus précieuse.

Une voix off cite longuement des extraits choisis mais le plus beau, c'est quand Derrida parle. Simplicité de l'expression, complexité de la pensée. L'impossible pardon évoqué devant des étudiants sud-africains ; la maladie de sa mère, le rapport à la judaïté, l'éloge de l'improvisation ; l'émotion bizarre devant la collecte de ses propres archives. Derrida sourit mais ne bronche pas quand une animatrice télé essaie de lui faire admettre que la sitcom Seinfeld illustre sa démarche de déconstruction. De sa vie, il ne consent à lâcher que de l'aperçu, du bref. On le voit, dans sa cuisine, verser un filet d'huile d'olive sur des aubergines grillées. Ou arborer en public ses légendaires cravates fantaisie. Des touches de trivial se diluent ainsi, en le parfumant, dans le portrait tout sauf austère du philosophe. Portrait faussement décousu, vraiment fluide d'une pensée en mouvement -? mais aussi d'un regard.

François Gorin

Documentaire américain (1h25). Réal. : Kirby Dick et Amy Ziering Kofman. Image : Kirsten Johnson. Montage : K. Dick et Matt Clark. Prod. : A.Z. Kofman et Gil Kofman. Distr. : Eurozoom.

Télérama n° 2813 - 13 décembre 2003


Le philosophe en pyjama
Ce documentaire sur l'intelligence suit Derrida dans son quotidien.

Par de BAECQUE Antoine

LIBERATION mercredi 10 décembre 2003

Derrida
de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman. 1 h 25.

Rue des Bergeronettes habite le plus grand philosophe vivant. C'est à Ris-Orangis, une maison comme les autres : pavillon avec jardin, un bureau empli de livres sous la verrière, où une équipe d'universitaires californien(ne)s a suivi Jacques Derrida plusieurs mois dans son quotidien. Munis d'une caméra et d'un Nagra pour le son. Derrida, les désignant à ses étudiants, parle d'un «appareil d'enregistrement vidéo-cinématographique» et d'une «machine-machination» .

«Jacky». Pour enregistrer, elle enregistre, et la machination est parfaite : on voit le chat du philosophe, le fax crépitant, le café du matin et la tartine au miel, et surtout Derrida au travail de la pensée. C'est sidérant car la pensée s'imprime sur tout, les objets, les mots, les affects. Sa soeur, son beau-frère l'appellent «Jacky» , et sa façon de réfléchir à voix haute, d'énoncer le raisonnement philosophique en oeuvre, a fait le tour du monde. Voici un film sur l'intelligence, qui la déshabille en quelque sorte, parti pris people assumé, creusant en profondeur le philosophe en exploitant ce qu'il nomme sa «tentation de vieux Narcisse» .

Derrida commence par y être longuement coiffé. On suivra sa crinière blanche emblématique dans les universités américaines, sud-africaines, parisiennes. Il explique aussi que «quand je suis seul à la maison, je ne m'habille pas, je reste en pyjama toute la journée» .

Le qui et le quoi. Quand Derrida parle d'amour, il révèle le fonctionnement de son verbe. Jacques et Marguerite racontent leur rencontre, en 1953, à la neige, leur mariage quatre ans après. Plus encore, le philosophe soumet en direct sa pensée à la question. Il refuse d'abord : «Ce que je pense de l'amour ? Mais rien, diable, je n'ai rien à dire.»

Poussé dans ses retranchements platoniciens, il nuance : «Est-ce que l'amour est l'amour de quelqu'un ou l'amour de quelque chose ?» Et enchaîne : «Supposons que j'aime quelqu'un. Est-ce que j'aime quelqu'un pour la singularité absolue de ce qu'il est ? J'aime toi parce que tu es toi. Ou bien est-ce que j'aime quelque chose en quelqu'un : tes qualités, ta beauté, ton intelligence ? La différence entre qui et quoi partage le coeur : est-ce que j'aime quelqu'un ou est-ce que j'aime la façon dont ce quelqu'un est ?» Puis la conclusion : «Quiconque aime, ou commence à aimer, ou finit d'aimer, se pose cette question philosophique. On voudrait être fidèle à quelqu'un, dans sa singularité, et on s'aperçoit que ce quelqu'un n'est pas les qualités, les définitions, les images de ce qu'on croyait aimer en lui. La fidélité se trouve alors menacée par la différence entre le qui et le quoi.» C'est ce qu'il fallait démontrer, CQFD. Derrida est un film parlant fort la langue de la raison.


"Derrida" : l'hagiographie déconstruite par son sujet
LE MONDE | 09.12.03   *  MIS A JOUR LE 09.12.03 | 16h24
Un portrait du penseur par Amy Ziering Kofman et Kirby Dick.

Tel le succès de Mireille Mathieu en Russie, le prestige de Jacques Derrida aux Etats-Unis dépasse largement celui dont il jouit en France. On ne s'étonnera donc pas de constater que ce documentaire a été tourné par deux Américains : Amy Ziering Kofman fut l'étudiante du penseur français à Yale ; elle s'est associée au documentariste Kirby Dick pour réaliser ce film où se mêlent l'adoration et la lucidité.

La matière, accumulée sur plusieurs années, mêle le brillant et le trivial, le social et le privé : Derrida assailli par ses admiratrices (l'une d'elles fait semblant de poser une question intelligente avant de rendre les armes : "Je voulais seulement vous rencontrer" ), Derrida visitant la cellule de Nelson Mandela à Robben Island. Et aussi le repas du philosophe, ses déambulations, un dîner en ville. Mais encore : le frère de Jacques Derrida se demande où il va chercher tout ça.

On le voit, ces éléments tendent dans leur grande majorité vers la comédie de m¦urs, avec d'autant plus de grâce que le regard qui les fait vivre est dépourvu du moindre soupçon de méchanceté. Cette brassée d'anecdotes sert d'écrin aux entretiens directs avec le philosophe. Tout au long du film, celui-ci manifeste ostensiblement la conscience qu'il a de la présence de la caméra. Et lorsqu'il aborde les sujets que son interlocutrice lui propose, il répond avec les précautions qui conviennent à l'usage d'un moyen de communication de masse. Cette méfiance n'apparaît pourtant jamais comme une marque de mépris. Au fil des conversations, Derrida laisse transparaître une personnalité tout à fait apte à impressionner favorablement la pellicule. Son énergie, son narcissisme et sa lucidité en font un joli personnage, comme si le film entreprenait de démontrer l'inverse d'une des propositions qui lui servent de point de départ : on ne peut rien dire d'autre de la vie d'un penseur que "il est né, il a pensé".

Si Derrida , le film, n'est pas la plus efficace des introductions à la pensée de l'auteur de La Dissémination , il reste un document attachant d'un nouveau genre (l'hagiographie déconstruite par son sujet), qui éclaire d'un jour convaincant les raisons de la popularité du philosophe aux Etats-Unis.

Thomas  Sotinel

Documentaire américain. (1 h 25.)
* ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.12.03


Deconstructing Derrida

Portrait du philosophe de la déconstruction et de la différance. Que le film soit américain, qu'il ait connu un certain succès aux Etats-Unis (sélection à Sundance, prix à San Francisco, succès d'estime dans la presse) n'a rien d'étonnant si l'on considère d'une part la renommée mondiale de Derrida et d'autre part le succès d'une sorte de "french touch" de la philo, avec les Derrida, Foucault, Deleuze, Guattari, Serres, et autres Ricoeur, davantage lus et commentés que de ce côté-ci de l'Atlantique. On n'a pas fini de se demander la raison, moins de cet engouement au pays des gender studies, que de ce déséquilibre de notoriété.

A priori, on redoute beaucoup d'un tel projet : hagiographie fascinée du philosophe en vedette américaine, hébétude naïve devant la profondeur de la pensée, appréhension bêtement romantique de la figure du philosophe auquel Derrida prêterait sa crinière immaculée, etc. Heureusement, le documentaire de Kirby Dick et Amy Ziering Kofman est un film malin qui ne cherche pas à l'être plus que Derrida lui-même. Certes, il y a la musique de Ryuichi Sakamoto, il y a Derrida face à des groupies, une attention gentille au quotidien (Derrida chez le coiffeur, Derrida beurre ses biscottes) et une certaine naïveté assumée, conservée au montage en tant que telle : quand l'intervieweur demande à Derrida ce qu'il pense de l'amour comme on demande un sketch à un comique, le philosophe lui répond très simplement qu'il n'a rien à dire sur la question, que seuls des clichés lui viennent en tête. Mais très vite le film désamorce la question, en portant le thème de l'autobiographie au coeur du projet. Via le rappel et la mise en question par Derrida du mot de Heidegger à propos de la vie d'Aristote : "il est né, il a pensé, il est mort" et une bio-express décalée, exécutée en voix off.

La force de ce portrait est de ne jamais faire disparaître le dispositif cinéma de l'image (le film étant tourné à plusieurs caméras, on en voit souvent une dans le champ) et du discours (Derrida le signale, l'interroge, s'en inquiète). Le didactisme y est discret (des passages des ouvrages de Derrida lus en off par une voix douce façon speakerine d'Arte), c'est moins un film sur une pensée en action que le portrait d'un oeil vigilant. "Le regard n'a pas d'âge", dit justement Derrida.

Jean-Philippe Tessé
Chronicart mercredi 10 décembre 2003


Derrida : « Jacky » intime

Voici Jacques Derrida comme vous ne l'avez jamais vu : « Jacky » dans l'intimité, avec sa femme et ses amis, chez le coiffeur pour tailler sa célèbre chevelure neigeuse, dans sa cuisine devant une tartine de miel, ou improvisant une réponse à « Qu'est-ce que l'amour ? » « Un dilemme entre le qui et le quoi... » La caméra capte ici la pensée de la déconstruction en marche, dont il est le père et la star incontestable aux Etats-Unis. Intitulé simplement « Derrida », ce passionnant documentaire, élu parmi les dix meilleurs films de 2002 par Village Voice , sélectionné à Sundance et primé à San Francisco, a été réalisé par les Américaines Kirby Dick, et Amy Ziering Kofman, ex-élève de Derrida, qui a filmé le philosophe des années durant après un flash en amphi : « Impressionnée par ce que j'entendais, je suis allée vers lui et lui ai dit que je voulais réaliser un documentaire sur sa vie. » Si Derrida a accepté, il revient sans cesse sur le « dispositif cinématographique » et refuse de « feindre la naturalité là où elle n'existe pas » : l'un des premiers gestes de la déconstruction. Le film, accompagné de la musique de Sakamoto, sort à Paris le 10 décembre dans une seule salle, le Cinéma des cinéastes, après avoir été projeté à New York, Los Angeles, Londres, dans cinq villes allemandes... La fin de « Derrida » a lieu dans une université californienne, devant cent dossiers gris. Ses archives. On sait que, pour lui, l'archive n'a pas à voir avec le passé : « C'est la question de l'avenir même. »

Marie Audran
© le point 05/12/03 - N°1629



Et si nous pouvions regarder Socrate élaborant ses dialogues?
Et si nous pouvions observer Descartes ou Spinoza au travail, à la maison, dans leur quotidien?
Peut-être les aborderions-nous différemment?
Peut-être les comprendrions-nous mieux?

Kirby Dick et Amy Ziering Kofman ont ainsi voulu suivre celui qu'ils considèrent comme l'un des penseurs les plus visionnaires et influents du XXème siècle, un homme qui a changé la façon dont nous appréhendons l'art, l'histoire, le langage: Jacques DERRIDA.

Nous découvrons ainsi le père de la "déconstruction" au-delà du mythe, dans sa vie de tous les jours, avec ses amis, sa famille...Nous le suivons lors de son premier voyage en Afrique du Sud, et plus particulièrement, quand, après avoir visité la cellule de Nelson Mandela, il donne une conférence aux étudiants de l'université du Cap sur le sujet du pardon.

Nous l;accompagnons de Paris à New-York, de son quartier aux amphis des plus grandes universités américaines où il enseigne.s

Nous apprenons au détour d'une de ses conférences sur le sujet des biographies à quel point il est difficile d'établir une corrélation entre la vie des personnages historiques et leur travail.

Nous surprenons Derrida dans l'intimité, réfléchissant à la fidélité et au mariage, au narcissisme, à la célébrité et à l'importance de la pensée philosophique de l'amour.

En refusant toute approche prévisible ou formatée, les réalisateurs de DERRIDA ont voulu que leur film soit une démonstration vivante de "DECONSTRUCTION".



DERRIDA devenu sujet d'un film.

C'est avec l'intime conviction de l'importance de sa philosophie que nous avons entrepris notre expérience cinématographique du portrait de Jacques DERRIDA.

Nous avons faonné un film qui, non seulement témoigne de la vie de DERRIDA, mais qui, dans le même temps, utilise sa structure propre pour illustrer et analyser les fondements de sa pensée.

Aussi, bien que PORTRAIT par fonction, notre film vise surtout à capturer l'ESSENCE d'un homme, sa nature enjouée, son agilité intellectuelle, son intégrité pédagogique, son engagement politique.

Nous ne cachons pas que ce film a été réalisé sous influence, l'influence du prodigieux travail philosophique de DERRIDA. Au-delà de la théorie, ce film est également l'illustration des difficultés pratiques inhérentes à tout acte de témoignage ou de portraiture.

Nous n'avions aucunement l'ambition, ni de résumer, ni d'expliquer la pensée de Derrida, ce qui serait à la fois impossible et présomptueux. Nous avons préféré témoigner de cette pensée.

Tout comme DERRIDA rend compte par ses travaux de la complexité de la représentation biographique, notre film présente de manière critique les éléments de sa vie dans leurs complications, leur faillibilité, leurs contradictions...

Nous avons utilisé les silences et les conversations à la marge, toutes sortes de choses qu'on laisse généralement tomber au montage dans des documentaires plus académiques. C'était pour nous une manière d'illustrer le travail de DERRIDA sur la signification de la MARGE et de son lien intrinsèque et essentiel avec le CENTRE.

Nous avons truffé le film d'anecdotes, mimant ainsi la démarche même de DERRIDA.

Par la référence explicite au mythe, nous, REALISATEURS-ECHO, nous sommes appropriés les mots de DERRIDA-NARCISSE. C'est pourquoi nous avons décidé de lire nous-mêmes dans le film les passages des textes de DERRIDA. Ces extraits soulignent les thèmes développés dans le film tout en inter-agissant avec la "vérité" qui les illustre à l'image. Nous espérons que ces extraits auront le pouvoir de capter l'attention des spectateurs, leur donnant l'envie de lire et réfléchir DERRIDA, au-delà de la vision du film.

Kirby Dick et Amy Ziering Kofman
Los Angeles Novembre 2003


Vous avez étudié avec Derrida, dans les années 80 à Yale. Etiez-vous proche de lui à cette période?


Amy Ziering Kofman: Non. J’ai étudié avec Derrida en 83 mais l'idée du film m'est venue 10 ans plus tard, quand j'ai revu Jacques à une conférence. J'étais assise, perdue dans mes pensées, impressionnée par ce que j’entendais… Puis tout à coup, je suis allée vers lui et lui ai dit que je voulais réaliser un documentaire sur sa vie. J’ai insisté longtemps à coup d’appels téléphoniques, de fax… puis un jour dans ma boîte aux lettres, j’ai découvert une carte postale manuscrite signée DERRIDA. C’était indéchiffrable (il est de notoriété publique son écriture est illisible !) mais j’ai considéré que c’était OUI !

Comment avez-vous produit le film et pourquoi un co-réalisateur ?

Amy Ziering Kofman: On a tourné le film à mode ‘indie’, c’est à dire quand on avait de l’argent. Comme c’était mon premier film, j’avais peur d’avoir une démarche trop académique de la production et du tournage. J’avais assisté à la projection du film de Kirby Dick SICK : THE LIFE AND DEATH OF BOB FLANAGAN, SUPER MASOCHIST. J’ai été impressionnée par son refus d’imposer un jugement de valeur à son personnage. Il n’y avait aucun stéréotype et Kirby respectait son sujet sans hiérarchie de valeurs. C’était pour moi une perception DERRIDEENNE alors je lui ai montré les images que j’avais déjà tournées et on a décidé de foncer.


Kirby Dick: J'ai été bluffé par les images qu'Amy avait déjà tournées. La naïveté ´ cinématographique ª d'Amy, associée à la découverte par Derrida des contraintes de réalisation d'un film formaient une combinaison assez unique. Ni l'un ni l'autre ne connaissaient les limites d'un documentaire. Ils ne savaient pas dire non. C'est vraiment le genre de projet qui n'arrive qu'une fois dans votre vie. J’ai été aussi très impressionné par la présence magnétique de Derrida à l’écran. Nous avons discuté du fait qu'aucun de nous ne voulait d'un portrait conventionnel, d'une biographie ‘classique'. Nous souhaitions que le film soit très ambitieux sur le plan théorique pour rester à la hauteur du travail de Derrida. En même temps, il fallait garder une dimension cinématographique, ne pas faire un film barbant, et même au contraire adopter un ton amusant. Parce que Derrida est réellement quelqu'un qui a beaucoup d'humour et de recul.


Amy Ziering Kofman: Le film devait aussi se ‘déconstruire', sans le dire, parce que le travail de déconstruction est une sorte de danse entre l'actif et le passif. Vous ne pouvez pas juste l’affirmer de manière théorique. Il fallait trouver un moyen qui permette au spectateur d’expérimenter la déconstruction visuellement, sans bla-bla théorique fastidieux.

La première du film a eu lieu à Sundance où le film a reçu un excellent accueil. Etait-ce une surprise?

Amy Ziering Kofman: Nous n'avions aucune idée de la façon dont le film allait être reçu ! Les festivaliers sont venus très nombreux, et DERRIDA était le seul documentaire que R.Redford voulait voir absolument (il l’a vu deux fois !). Après la projection, les spectateurs sont venus me voir en disant : ´ Vous savez, c'est agréable d’écouter un philosophe, de voir quelqu'un assis en face de vous et qui vous dit simplement "Bon, que veut dire amour?" ª.

Kirby Dick: On lit trop souvent dans les médias que le cinéma américain est de plus en plus ´ Dumb & Dumber ª. Mais en montrant ce film, Amy et moi, on s’est rendu compte qu’il y a aussi une clientèle pour des films plus humains et plus intelligents.

Comment travaille-t-on avec DERRIDA ?


Kirby Dick: Il est charmant, mais il a sa façon de voir les choses. Pas question d’arriver en retard par exemple !

Amy Ziering Kofman: On lui montrait tout ce qu’on tournait au fur et à mesure .


Kirby Dick : Derrida est TRES rigoureux. Si vous lui posez une question, il la tourne sous tous les angles et y répond totalement. Le problème c’est que ça prend 10 minutes par question et alors le film est déjà fini. Donc le défi, c’était de créer avec lui des conditions d’improvisation, comme quand on lui a parlé de l’AMOUR par exemple. Et là, c’était cinématographique, parce qu’on le voyait dans le processus même de la réflexion spontanée. Dans ce cas précis, on a utilisé 3 caméras parce qu’on ne savait pas à l’avance comment le sujet allait évoluer.

Avec 90 heures de rush tournées sur plusieurs années, le montage n’a pas du être chose facile ?

Kirby Dick : On a monté au fur et à mesure. On s’est très vite rendu compte que le résultat différait fondamentalement des images habituellement tournées sur Derrida, qui sont toujours empreintes d’une distance déférente. Le style d’Amy, qui a mis plus d’une fois DERRIDA en pétard, c’était de le pousser dans ses retranchements en jouant à la naïve, tout en étant extrêmement sophistiquée dans son approche à d’autres moments. C’était très efficace.

La musique originale de Sakamoto apporte une résonance particulière au travail à la vie de Derrida.


Amy : Sakamoto avait écrit un opéra dans lequel il utilisait des textes de DERRIDA. Le pire, c’est que je ne le savais pas ! Il m’a été recommandé et c’était un choix parfait.

Quel a été le plus grand défi dans ce portrait d’un monstre sacré?

Amy Ziering Kofman : Considérant sa position et sa notoriété, DERRIDA avait beaucoup à risquer dans cette aventure. C’est immense de se donner à quelqu’un. Ce qui est intéressant, c’est que le travail de Jacques parle du parasite, de l’original et de la duplication. Alors faire ce film avec lui, sur lui, c’etait une expérience riche de plusieurs niveaux. Ce qui est étrange, c’est que depuis, certains voient en moi le biographe de DERRIDA, avec toute l’autorité que cela confère.



De Tunis à Jérusalem, de Fribourg à Boston, de Cape Town à Bir Zeit, Jacques Derrida sillonne le monde pour donner ses conférences : « Sommes-nous des étrangers ? », « Les lois de l'hospitalité », « le pardon », « l'histoire du mensonge », « La religion et les médias ».

«Je me demande si je ne voyage pas tant parce que (j'ai le sentiment que de France) j'ai toujours été comme de l'école, renvoyé»

Mais plus que par des conférences, DERRIDA aborde le monde par une démarche politique engagée.

De la dissidence tchécoslovaque à laquelle il apporte son soutien au début des années 1980 (ce qui lui valut d'être incarcéré par les autorités pour un prétendu trafic de drogue), à la mémoire des massacres d'Algériens les 17 et 18 octobre 1961, du combat contre l'exécution de Mumia Abu Jamal, dont il préface le livre, à la défense des sans-papiers, DERRIDA n'hésite jamais à mettre ses idées au service de causes qu'il croit justes.

« Lorsque je vais enseigner clandestinement et me fais emprisonner dans la Tchécoslovaquie communiste, lorsque je milite contre l'apartheid ou pour la libération de Mandela, contre la peine de mort pour Mumia Abu Jamal, ou en participant à la fondation du Parlement international des écrivains, quand j'écris ce que j'écris sur Marx, sur l'hospitalité ou les sans-papiers, sur le pardon, le témoignage, le secret, la souveraineté aussi bien que quand je lance, dans les années 70, le mouvement du Greph, puis contribue à créer le Collège international de philosophie, j'ose penser que ces formes d'engagement, les discours qui les soutenaient, étaient en eux-mêmes en accord (et ce n'est pas toujours facile) avec le travail de déconstruction en cours. » Le monde du mardi 2 décembre 1997 Propos recueillis par Dominique Dhombres

Après le 11 septembre, il nous livre ses méditations sur « l'époque des Etats voyous». Partant de la question de la souveraineté, du rôle actuel des Etats-Unis et des bouleversements produits par la mondialisation, il s'interroge sur les concepts de « raison », de « démocratie », de « politique », de « guerre » et de « terrorisme ».

« Qu'est-ce que cela signifie, quant aux rogue states ? Eh bien que les Etats qui sont en état de les dénoncer (...), ces Etats-Unis qui disent se porter garants du droit international et qui prennent l'initiative de la guerre, des opérations de police ou de maintien de la paix parce qu'ils en ont la force, ces Etats-Unis et les Etats qui s'allient à eux dans ces actions, ils sont eux-mêmes, en tant que souverains, les premiers rogue states ».

Ce qu'on ne peut pas dire , il ne faut surtout pas le taire , mais l' écrire
Le Monde de l'éducation - Juillet - Août 2001



Jacques Derrida est aujourd'hui professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en sciences Sociales (EHESS).

1930 : Naissance à El-Biar (Algérie). 1942 : Privé de la nationalité française par Vichy

Le jour de la rentrée scolaire, Derrida est exclu du lycée et renvoyé chez lui. Déchaînement de l'antisémitisme désormais autorisé ( L'article 2 du Statut des Juifs du 3 octobre 1940 excluait les Juifs de l'enseignement et de la justice.) Derrida est inscrit, jusqu'au printemps 1943, au lycée Emile-Maupas où les enseignants juifs expulsés de la fonction publique avaient reconstitué un enseignement.

1951-52: Troisième année de Khâgne à Louis le Grand où il rencontre L. Althusser, P.Bourdieu, M.Deguy, M.Serres...

1957- 59: Service militaire en pleine guerre d'Algérie. Il demande à être affecté à un poste d'enseignant dans une école d'enfants de troupe près d'Alger. Pendant plus de deux ans, soldat de deuxième classe en vêtement civil, il enseigne le français et l'anglais à de jeunes Algériens ou Français d'Algérie.

Après l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et l'agrégation de philosophie, il enseigne au Lycée du Mans puis à la Sorbonne.

1964: IL est le « caïman » de la philosophie à l'ENS (chargé de préparer les élèves à l'agrégation)

1966: Il participe à Baltimore (université John Hopkins) à un colloque devenu célèbre depuis lors où il rencontre Paul de Man (représentant américain de la déconstruction).

1967 : Parution de «L'Ecriture et la différence» et « De la grammatologie»

1972: Parution de « La Dissémination »

1982: Joue avec Pascale Ogier dans le film de Ken McMullen, Ghost Dance.

1983: Fondateur du Collège international de philosophie,

1987: Parution de « Heidegger et la question »

1993: Parution de Spectres de Marx, dédié à " Chris Hani, secrétaire général du Parti communiste d'Afrique du Sud, assassiné en tant que tel ".

1998:«Voiles» (en collaboration avec H. Cixous, Galilée).

2001: «De quoi demain...» (dialogue avec E. Roudinesco, Fayard-Galilée).

2002: Publie « Marx & Sons » (PUF, Actuel Marx).

2003: Publie « Voyous » et « Chaque fois unique, la fin du monde » (Galilée)

Plus de soixante livres parus. Des traductions en cinquante langues. Vingt-cinq doctorats honoris causa des plus prestigieuses universités du monde.



La condition même d'une déconstruction peut se trouver "à l'¦uvre", si on peut dire, dans le système à déconstruire, elle peut y être déjà située, déjà au travail, non pas au centre mais en un centre excentré, dans un coin dont l'excentricité assure la concentration solide du système, participant même à la construction de ce qu'elle menace simultanément de déconstruire. Dès lors on pourrait être tenté d'en conclure ceci: la déconstruction n'est pas une opération survenant après coup, de l'extérieur, un beau jour, elle est toujours déjà à l'¦uvre dans l'¦uvre...La force dislocatrice de la déconstruction se trouvant toujours déjà localisée dans l'architecture de l'¦uvre, il n'y aurait en somme, devant ce toujours déjà, qu'à faire oeuvre de mémoire pour savoir déconstruire. Comme je ne crois pouvoir ni accepter ni rejeter une conclusion formulée en ces termes, laissons cette question suspendue pour un temps.

Jacques DERRIDA - Mémoires pour Paul de Man 1986

« Assumons sans vergogne ce que Derrida appelle le « simplisme journalistique ». La déconstruction consiste à interroger les présupposés des discours, des disciplines, des institutions. Non pas pour les détruire ou les dissoudre, ce qui serait impossible ou insensé, mais pour en défaire les évidences et peut-être la pesanteur. Ainsi Luther, souligne Derrida, parlait-il déjà de « destructio » du christianisme. Il s'agit de soulever les sédiments, de démonter ce qui s'est ossifié ou appesanti, non de tout mettre à bas. La déconstruction de la métaphysique, et les multiples voies qu'elle peut emprunter, serait donc une manière de rendre à la pensée (discours, disciplines, institutions) du jeu, du mouvement, voire un avenir. »

ROGER-POL DROIT

« Il hésite, il n'a pas tort. Il s'inquiète, il a de quoi. Le penseur de la complexité craint les simplifications de presse, l'homme privé s'accorde la garde de ses secrets. Reste que le philosophe français vivant le plus lu au monde n'est pas prophète en son pays, et s'en désole, et s'en console, et s'en étonne.

« Derrida, Jacques. Ultime emblème de cette «pensée 68» clouée au pilori de l'anti-autoritarisme et du désir-roi par l'actuel ministre de l'Education, Luc Ferry. Dernier survivant de ces spadassins des années 60 (Lacan, Althusser, Foucault, Barthes, Deleuze) qui mirent à mal l'académisme et la notion de «sujet». Inventeur de la «déconstruction», démarche qui consiste à défaire de l'intérieur un système de pensée dominant »

Libération, mercredi 22 mai 2002 Luc LE VAILLANT



Réalisation Kirby Dick et Amy Ziering Kofman

Production Amy Ziering Kofman et Gil Kofman

Image Kirsten Johnson

Montage Kirby Dick et Matt Clark

Musique Ryuichi Sakamoto

Durée 85mn

Format 1.85

Son Dolby SR

Quelques mots de la musique originale de Ryuichi Sakamoto
Ryuichi Sakamoto a notamment composé la musique du film de Bertolucci Le Dernier Empereur pour lequel il a gagné un Oscar, un Grammy, un Golden Globe et le prix des Film Critics Associations de New York, Los Angeles et Royaume-UniIl a également travaillé avec Nagisa Oshima (Furyo, Ghotto,) Oliver Stone (Wild Palms), Pedro Almodovar (Talons Aiguilles), Brian De Palma (Snake Eyes, Femme Fatale)...On se souvient que Ryuichi Sakamoto est aussi acteur aux cotes de David Bowie dans Furyo, film pour lequel il signe également la musique. Il a collaboré avec David Byrne, Iggy Pop, et Youssou N'dour, ainsi qu'avec les écrivains William Burroughs et William Gibson et l'artiste Robert Wilson.

Official Ryuichi Sakamoto website: www.sitesakamoto.com | Online Store with CD: www.sitesakamoto.com/store

 


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